Comment établir un rapport de force en faveur du travail ?
Un point de vue syndical (par Rémi AUFRERE)
Mis en ligne le 30 mars 2009
"Travail reprend ta place ! ». Le slogan est devenu d’une criante actualité depuis plus de trois décennies. Alors qu’au début des années 1970, la part des revenus du travail (salaires, régimes sociaux, etc.…) représentaient près de 70% du P.I.B. contre 30% à peine pour la part des capitaux, la situation est complètement inversée aujourd’hui.

Cette situation est le produit combiné de la financiarisation extrême de l’économie (l’argent qui fabrique de l’argent sans recours à une activité industrielle ou de services) avec la méthode de réduction des coûts du travail presque arrivé à son apogée.

L’objectif d’un rapport de force favorable aux produits du travail est bien de remettre le travail du salarié au centre de l’économie. Mais l’actualité juridique perturbe la construction de ce rapport de force nécessaire. La loi dite « de modernisation sociale » du gouvernement conservateur s’est astucieusement appuyée sur la « position commune » conclue par le MEDEF et deux confédérations syndicales pour engager à la fois une refonte complète de la représentativité des organisations syndicales de salariés et des dispositions concernant les 35 heures toujours démagogiquement dénoncées comme destructrices de la compétitivité française. Ajoutons à cela, la manipulation sémantique (et très idéologique) de la loi populiste sur le « service minimum » dans les transports et on obtient des incidents prévisibles tels que la fermeture de la gare SNCF de Paris saint-Lazare décrétée par la Direction de l’entreprise publique ferroviaire.

Arrêtons-nous un instant sur ce conflit du travail….

Depuis le 14 décembre 2008, les agents de conduite, mais aussi des agents sédentaires travaillant dans les postes d’aiguillage (un peu plus tard), de la région de Paris Saint Lazare étaient en grève pour obtenir une amélioration de leurs conditions de travail (notamment dans leurs conditions d’utilisation et des embauches de personnels supplémentaires). Depuis plusieurs années, l’accroissement de la charge de travail n’est pas suivi des effectifs nécessaires afin d’assurer le service public dans des conditions d’emploi acceptables par les personnels. Depuis le conflit de 2007, la Direction de la SNCF a pris la décision de ne pas hésiter à mettre en porte-à-faux l’ensemble des cheminots. En témoigne les tracts et informations aux usagers qui indique l’absentéisme des cheminots et les annonces d’informations sonores comme le 31 décembre sur paris Nord genre "en raison du nombre élevé d’agents s’étant déclarés malades, un service allégé sera mis en place..." C’est ainsi que le passager peut traduire qu’il est facile de "se déclarer malade" et qu’il s’agit du choix du cheminot, un choix qui relève du confort en cette période de fêtes. Autant dire directement que les cheminots en maladie durant cette période sont des malhonnêtes et des délinquants, on ne s’y prendrais pas mieux ! Nul doute que ce type d’interventions publiques qui jette l’opprobre sur tous les cheminots quels qu’ils soient, est un très mauvais coup porté contre le dialogue social dans l’entreprise publique. Cette forme de violence verbale est particulièrement contre-productive. Le mouvement permis l’obtention de nouveaux moyens en effectifs : de 72 places en école de conduite, nous sommes passé à 84. Si les syndicats cheminots ont accepté une augmentation de la productivité sur les trains grandes lignes, elles l’ont refusé sur le trafic transilien au vu des grandes difficultés actuelles. Une dizaine d’agents de sécurité supplémentaires ont été accordés pour les prochains jours et cinq agents devraient être ajoutés l’an prochain. Il a été promis d’accélérer le programme de déploiement de la vidéosurveillance des lignes avec des patrouilles de police supplémentaires. Résultat positif même s’il est dommage d’avoir été contraint à un tel conflit social pour obtenir ce résultat. Il est temps de remettre la politique contractuelle à l’ordre du jour. User et abuser de la formule "dialogue social" ne suffit pas à concrétiser le discours managérial ! Ensuite, le cheminot agressé le 12 janvier au soir a fait l’objet d’une insulte qui participe au conflit ("sale gréviste")... C’est pourquoi l’exploitation de la période qui s’achève ne doit pas laisser la place à la démagogie. C’est plutôt mal parti avec "le manque de fierté" du Président de la SNCF "d’avoir manqué à nos devoirs" jusqu’au Président de la République qui en rajoute en "exigeant des excuses" de la part de la SNCF ! Pour quelqu’un qui revendique la responsabilité sur tous les sujets publics quels qu’ils soient (déclaration provocatrice de juillet dernier sur les "grèves dont on ne voit plus les effets") et sur son attachement au service public tout en menant une politique contraire avec des moyens ridicules, on mesure bien la marque du mépris comme celle du zapping médiatique permanent !

Le plus grave dans ce feuilleton, ce qu’il a montré la situation de défiance permanente instaurée par les directions des entreprises publiques contre leurs propres agents en usant de méthodes managériales destinés à mettre en porte à faux les salariés par rapport aux usagers et clients.

A la Poste, le Président BAILLY est ainsi resté droit dans ses bottes avec son projet de privatisation. Et c’est bien la crise de liquidités provoquée par l’effondrement des marchés financiers qui a calmé son enthousiasme comme a été modéré (momentanément) la fièvre libérale du gouvernement SARKOZY. On observera que la gestion du pays opéré par notre tout présent chef de l’Etat a provoqué la mise en retrait (voire la dénégation) des « corps intermédiaires » que sont les syndicats de salariés, les élus nationaux, les ministres (et le Premier ministre) ainsi que les dirigeants d’entreprises publiques. A la SNCF, le Président PEPY a adopté la structure de fonctionnement élyséenne. On remarquera notamment la disparition du poste de Directeur Général Exécutif avec sa désignation à la tête de l’entreprise le plaçant en toute première ligne (et en position souvent inconfortable) face aux très nombreux problèmes sociaux et économiques liés à l’ouverture à la concurrence et aux restructurations de très grande ampleur qu’il entend conduire. Les patrons du secteur public apparaissent ainsi progressivement non plus comme des grands commis de l’Etat mais plutôt comme les modestes télégraphistes de l’Elysée. Tout comme le Premier ministre est désigné comme un simple « collaborateur » du Président, cette situation place notre pays et sa direction dans la voie d’une présidentialisation excessive qui montre vite ses limites par les bouleversements sociaux et philosophiques qu’elle provoque.

De ce moment inédit et auquel les salariés et leurs syndicats n’ont pas été préparés, vu la rapidité violente des mesures gouvernementales et le zapping politique permanent et assourdissant, nous devons renouveler notre pensée, nos actions comme nos méthodes La question des relations entre monde syndical et monde associatif est redevenue actuelle. Le débat n’est pas nouveau. Depuis le XIXème siècle, il a produit son lot de textes, théories et conflits. Il a évolué différemment selon les pays européens. Les mots forts de ce débat devraient être respect, indépendance et clarté. D’abord le respect des principes et objectifs de chacun. Le syndicalisme a pour première vocation de défendre les intérêts matériels et moraux des salariés. On peut lui reconnaître aussi un rôle important dans la transformation sociale pour assurer plus de justice entre citoyens et une meilleure répartition des richesses. Une partie des aspirations syndicales hexagonales demeurent révolutionnaires mais cela apparaît plus comme la fierté d’une histoire riche d’évolution positive jusqu’à la fin des trente glorieuses que comme un axe structurant le quotidien et le langage des organisations. C’est cette « aspiration révolutionnaire » de certains syndicats français qui est la différence majeure avec d’autres pays européens (cf. les modèles rhénan et nordique). Mais qu’il s’agisse de cette école syndicale ou de celui qui se définit lui-même comme « réformiste » et/ou « indépendant », aucun ne peut oublier que les combats sociaux qu’ils mènent sont indispensables à la république et ce, quels que soient les gouvernements. Les évènements de Mai-Juin 1936 sont là pour nous le rappeler. Sans forte pression populaire, les gouvernements à minima « gèrent » le pays et réalisent une partie plus ou moins importante de leur programme électoral novateur. Ils s’inscrivent dans un mouvement plus vaste lorsque la mobilisation sociale est forte et s’exprime clairement. Dans cette légitime recherche du progrès social, le monde associatif français fort des lois de 1901, peut prendre sa part comme les partis politiques prennent la leur dans des les décisions législatives avec les parlementaires et autres élus. La condition, c’est le respect des identités de chacun. Le syndicat s’inscrit dans la durée pour la défense des salariés et de l’outil de travail notamment. Les associations très variées travaillent ponctuellement ou durablement sur des objectifs et intérêts particuliers et/ou généraux.

La question de l’indépendance des syndicats et des associations par rapport au monde politique et des affaires se pose avec la même acuité. Réaffirmée au Congrès syndical d’Amiens de 1906 de la Confédération Générale du Travail, l’indépendance est un débat permanent et un enjeu politique toujours bien présent. Elle est à l’origine des scissions syndicales de 1921 (Congrès de Tours fondateur du Parti Communiste), de 1939 (soutien de la minorité syndicale communiste à Moscou pour le pacte germano-soviétique) et de 1948 (victoire de la mouvance communiste sur les confédérés). Ce débat demeure voilé et souvent manipulé aujourd’hui. Mais il recouvre des difficultés d’évolutions bien réelles.

A la CGT, même avec un P.C.F. à 3 ou 4% de présence électorale nationale, il est toujours recommandé d’être membre du Parti si l’on souhaite accéder à des responsabilités supérieures à celles de secrétaire de syndicat local, ou du moins exprimer des convictions progressistes proches du Parti. Bien sûr, et dans le but de briser l’image d’un syndicat inféodé au Parti, Bernard THIBAUT a démissionné du Bureau Politique il y a déjà quelques années. Et fort de l’audience de la 1ère centrale syndicale française, il semblerait que l’influence s’exerce maintenant tout autant dans le sens CGT-PCF voire dans le sens inverse pour de nombreuses questions sociales et économiques. Et la CGT travaille en étroite (et utile) coopération avec les élus communistes (conseillers régionaux, généraux, maires, parlementaires nationaux et européens). Travail qui ressemble à celui effectué par les syndicats nordiques avec leurs partis sociaux-démocrates.

Quand à la CGT- Force Ouvrière créée sur la base de « l’indépendance syndicale » en réaction au contrôle du PCF sur la CGT en 1948, elle apparaît en difficulté face aux évolutions de sa grande sœur. Avec la disparition du bloc communiste au début des années 1990 et de la Fédération Syndicale Mondiale (F.S.M.), elle n’a pas menée la réflexion idéologique nécessaire entre syndicalisme contestataire et syndicalisme cogestionnaire voire d’accompagnement. C’est ainsi qu’elle oscille, selon l’actualité et ses fédérations professionnelles entre les deux et use des deux ponctuellement. Cela pourrait apparaître comme une forme évoluée de pragmatisme si ce n’était pas accompagné depuis deux décennies d’un entrisme politique important de l’extrême gauche. Pourtant cette organisation fut connue depuis sa création comme une formidable rassembleuse de sympathisants et militants socialistes, gaullistes, centristes, francs-maçons (de toutes obédiences avec une préférence pour le G.O.D.F. ) et laïques ainsi que des différentes chapelles de la gauche radicale (L.O., ex-P.T. lambertistes P.O.I., et ses tendances, …). Le départ de nombreux militants socialistes et sympathisants motivé par des outrances à l’Histoire républicaine (tel l’interview accordé à National Hebdo par Alexandre HEBERT, dirigeant historique du courant anarcho syndicaliste, père du dirigeant actuel de l’U.D. de Loire-Atlantique du même courant) et par les facilités offertes à la mouvance d’extrême gauche (courant communiste lambertiste aujourd’hui P.O.I. et anarchie syndicaliste) a facilité cette prise de contrôle redouté par des anciens et nouveaux militants syndicalistes prenant au premier sens la définition de « l’indépendance syndicale« . Progressivement, les places libérées ont été occupées par les militants de la mouvance trotskyste ou aidé par le compagnonnage de camarades compréhensifs et soucieux de leur confort politique et syndical personnel. Ainsi des fédérations et unions départementales sont aujourd’hui dirigées par l’extrême gauche sans rencontrer de grandes résistances de la part du courant historique socialisant et franc-maçon hier encore traditionnel et aujourd’hui minoritaire. Ce glissement de gouvernance vers le courant trotskyste n’a pas été ralenti par l’arrivée de Jean-Claude MAILLY à la tête de la confédération, malgré un langage à la forme différente de son prédécesseur Marc BLONDEL. Ce n’est plus la question de « l’indépendance syndicale » qui peut être porté en toute sincérité dans cette organisation car la formule est devenue usée par de trop nombreux dirigeants vrais faux croyants. Mais celle de la continuité de la CGT Force Ouvrière revendiquée par Léon JOUHAUX, Louis BOTHEREAUX et André BERGERON lors de la scission de 1948.

La confédération CFDT a connue deux « scissions ». Celle de 1964 pour déconfessionnaliser le syndicat dans le droit fil des évolutions sociétales de l’époque (et du concile progressiste de Vatican II). Et celle plus lente de la fin de la croyance dans le rêve autogestionnaire (avec le P.S.U.) au début des années 1970. On notera sa proximité relative avec le Parti Socialiste dans les années 80 et le courant représenté par Jacques DELORS tout en conservant des distances lui permettant de débattre avec tous les gouvernements sans états d’âmes et dans une indépendance peu affirmée mais appliquée. Cette forme de pragmatisme est souvent apparue, pour ses adversaires et son courant d’extrême gauche (essentiellement représenté par la L.C.R.) comme une forme de trahison inacceptable. Après avoir tenté de prendre le contrôle d’U.D. et de fédérations, l’organe politique de la L.C.R. a donné ordre à ses militants de quitter cette organisation pour rejoindre la C.G.T. par une négociation politique et organisationnelle accordant quelques responsabilités à ses nouveaux adhérents. Dans d’autres secteurs, la L.C.R. a favorisé la création de syndicats SUD. Ainsi la fédération FGTE de la CFDT (branche cheminots) a connue une déperdition importante d’adhérents avec cette démarche politisée dans les années 90. Aujourd’hui, ses départs ont été compensés (en comparaison aux effectifs globaux confédéraux).

L’émergence des syndicats SUD dans les années 80 commencée par la Poste, poursuivie par la SNCF, a provoqué un nouvel émiettement du mouvement syndical. « Agir local, penser global » fut le slogan fonctionnel du « syndicalisme autrement ». Au début, la volonté de faire partager l’organisation par chaque adhérent du syndicat n’a pas manqué d’inquiéter les autres organisations. SUD s’est immédiatement positionné comme syndicalisme du « mouvement social » en intégrant la coopération voire l’entraide réciproque entre le syndicat et le monde associatif (souvent politisé) voire politique. SUD ne se pose donc pas la question de l’indépendance syndicale puisque cette question n’a pas lieu d’être pour faire avancer et réaliser les revendications des salariés, de leurs familles, et de toutes les populations en difficultés quelles qu’elles soient (sans-papiers, mal-logés, réfugiés de tous ordres,…). Ceci même en utilisant des moyens à la limite de la légalité républicaine, l’irrespect de la loi jugée « injuste » faisant partie de la boite à outils revendicative du dirigeant SUD.

Enfin, la question de la clarté sur les objectifs pour des actions communes mouvement syndical - associations et partis politiques est essentielle. Avec l’indépendance, c’est certainement le point difficile qui se heurte à des conceptions syndicales différentes voire divergentes (cf. SUD) et des intérêts potentiellement divergents (avec le monde associatif). Car la situation actuelle difficile de l’opposition politique parlementaire semble confier le rôle d’opposants aux syndicats. Or ce n’est certainement pas l’intérêt des salariés et de leurs représentants de devenir la force d’opposition politique majeure dans une république comme la nôtre. Cela représente un danger de même niveau que l’érosion des « corps intermédiaires » que j’évoquais auparavant. C’est rendre un mauvais service aux partis politiques d’opposition et aux syndicats qui doivent rester sur leurs objectifs tout en évoluant sur la prise en compte des intérêts pratiques et quotidiens des salariés. En gardant à l’esprit leur capacité de transformation sociale.

J’ai été particulièrement excédé d’entendre, par la voix d’un chercheur en sociologie français, expliquer lors de la, conférence « syndicats et monde associatif » organisée par la Fédération Internationale des ouvriers des Transports (I.T.F.) tout l’intérêt pour un syndicat français d’investir à fond le champ associatif avec toute association partageant peu ou prou un objectif sociétal compatible. J’ai rappelé que le monde associatif répond à des intérêts multiples et qu’il n’est pas toujours vertueux quand à la défense d’un groupe aussi important que celui des salariés. Et que le financement de certaines organisations, notamment dans le domaine environnemental ou d’aide à des personnes en difficultés répond faussement à l’intérêt collectif mais plutôt à des affaires bien particulières (jeux économiques) voire sectaires et religieux et politisés. Que de cette confusion peut naître une défiance permanente des pouvoirs publics et monde patronal contre les syndicats devenus partenaires d’associations aux véritables enjeux discutables voire contraires aux revendications des salariés. Et de rappeler que certaines associations reçoivent des dons et soutiens financiers privés qui les guident dans leurs actions… Toutefois, l’opération gouvernementale française du fort mal nommé « Grenelle de l’Environnement » (car il n’y a jamais eu de véritables négociations) avec un travail collectif entre syndicats, associations, représentants politiques et institutionnels a été globalement constructif même si le résultat au final a presque accouché d’une souris de taille trop modeste. Et que certains parlementaires s’empressent de minimiser la portée de certaines propositions sous la pression des lobbys des entreprises (ex. transport routier de marchandises).

Le « mouvement social » est au mouvement syndical ce qu’est la société politique aux citoyens. C’est un risque de confusion donc de non-dits, de manipulation et de mensonges. Tout comme dans une république sociale une et indivisible telle qu‘on veut la promouvoir, il ne doit pas y avoir de « société civile » qui se définirait en opposition à la société politique des élus, favorisant l’antiparlementarisme et l’anti-républicanisme si chère à l’extrême droite et aux factieux de février 1934. Pas de société civile mais une seule société citoyenne où chacune est chacun est reconnu libre et égaux en droits et en devoirs.

Quand aux différentes perspectives communes au combat commun, elles existent mais doivent s’exprimer d’abord par le sceau du pragmatisme dynamique. Par exemple, nous ne pouvons plus exprimer une position idéologique d’opposition à la notion de profits. Même si nous savons que la notion de « salariat » est idéologiquement oppressive. Qu’une entreprise privée, qu’un établissement public dégage des « marges » n’est pas nocif en soi. A condition de respecter deux points fondamentaux : que ce résultat soit obtenu en respectant les droits et devoirs des salariés, et que ces profits soient redistribués pour parti à ceux qui les ont obtenus. Cela semble être la marque du bons sens mais cela va mieux en le disant dans la mesure où le patronat français demeure dans une position bien éloigné au modèle rhénan et nordique en la matière.

Enfin, sur l’Europe. L’élection de nos parlementaires en juin prochain est l’occasion de revendiquer et débattre sur quelques sujets éminents. On pourra encore déplorer que les responsables politiques français considèrent subalterne le Parlement Européen. C’est tout simplement inacceptable quand on sait le nombre de décisions importantes et touchant notre vie quotidienne prises à l’échelon de l’Europe. Bien entendu, le scrutin de liste facilite le recrutement des incasables et de quelques médiocres au niveau national ou les battus en scrutin de circonscription et/ou canton. Mais il faut en finir avec cette mauvaise tradition française qui montre toute notre arrogance à l’étranger. Tout comme, il faut savoir conserver les élus(es) sortants qui ont travaillés avec assiduité et perspicacité au Parlement de Strasbourg pour assurer la continuité des dossiers et propositions. L’Europe est un enjeu où on ne peut faire d’impasse. Sur les libertés citoyennes en danger comme en témoigne la récente disparition (heureuse) d’un groupe technique au niveau de la Commission portant sur la protections des données (informatiques internet) où participaient quatre ressortissants américains (sur 5) qui possédaient tous des intérêts économiques voire politiques particuliers voire nationaux sur cette question. Autant confier directement les clés de toutes nos données à Microsoft (et aux services de renseignements US), cela aurait le mérite de la sincérité. Quand à la question de la laïcité elle est celle qui doit mériter toute notre attention et retenir celle de tous les députés européens de tout pays malgré nos différences culturelles et la présence pesante du lobby vaticaniste et des autres pouvoirs religieux à Bruxelles et Strasbourg. Sur ce point, nous ne serons pas aidés par le Président de la République qui vient d’accepter la reconnaissance de l’équivalence de diplômes décernés par des institutions vaticanes par rapport à des diplômes universitaires publics français.

Dans le combat pour les droits sociaux, face au dogme de la « concurrence libre et non faussée », les parlementaires européens doivent rappeler que l’économie est faite par des femmes et des hommes d’abord et avant tout et que le « travail doit reprendre toute sa place ». La libéralisation des marchés de l’énergie, de la poste et des transports publics (marchandises et voyageurs) montre ses limites dangereuses.

La construction d’une Europe de la Défense indépendante de toute autre contrée est aussi un sujet impératif pour que les européens restent en dehors des croisades portées par les théories funestes pour l’humanité du « choc des civilisations » comme de la « fin de l’Histoire ». Comment ne pas avoir un regard critique sur le retour de notre pays au sein du commandement militaire intégré de l’OTAN, alors que nous devons redéfinir avec nos partenaires de l’Alliance les objectifs et moyens de cette organisation ?

Enfin, la question existentielle de « l’Etat Nation » et/ou d’une « fédération d’états-nations » doit être encore portée au débat car c’est le sujet de l’Europe citoyenne qui est ainsi posé. Et de nos principes républicains qui nous montrent encore et toujours la voix du progrès humain.

Rémi AUFRERE