Airbus : Une fois encore, ce sont les salariés qui trinquent
Par Pierre-Yves Laot
Mis en ligne le 15 février 2007
Le plan d’économies annoncé par Louis Gallois, PDG d’Airbus depuis quelques mois, constitue un sacré démenti à ceux qui voudraient nous faire croire que la droite défend les intérêts français et se soucie des salariés. (...)

(...) En effet, la décision de supprimer des milliers d’emplois dont 4 300 en France et de fermer deux sites dans des régions qui n’avaient pas besoin de cela (à Méaulte, dans la Somme, déjà durement touchée par les restructurations industrielles et à Saint-Nazaire, déjà frappée par les coupes sombres dans les chantiers navals) est la conséquence logique des politiques menées tant au niveau européen que français depuis deux décennies.

Au niveau européen, la cherté de l’euro par rapport au dollar diminue sensiblement la marge opérationnelle d’Airbus, déjà fortement concurrencée sur le plan industriel par Boeing. C’est le résultat de l’aveuglement de nos chers banquiers européens qui cherchent à se prémunir d’une inflation imaginaire au lieu d’agir pour améliorer la croissance et l’emploi. Mais aussi de l’inaction des gouvernements européens qui les laissent faire.

Au niveau français, c’est aussi le résultat d’une politique qui tient absolument à calquer la gestion des entreprises publiques ou dans lesquelles l’Etat participe au capital comme s’il s’agissait d’entreprises privées soumises à la seule gestion du profit.

Contrairement à ce qu’affirme le candidat de la droite et du MEDEF, ce n’est pas la faillite de la gestion par l’Etat des entreprises qui est révélée ici mais l’insuffisante implication de ceux qui sont chargés de les contrôler.

Comme d’habitude, ce sont les salariés qui trinquent par leurs emplois, par des menaces sur l’avenir de l’entreprise tandis que les actionnaires préservent au mieux leurs intérêts. Qu’importe ce que la nation a investi : recherche, formation, nouveaux produits, tout est bradé sur l’autel de la recherche du profit.

Cela n’a cependant pas empêché Messieurs Arnaud Lagardère et Noël Forgeard de se faire de jolis profits en vendant leurs actions avant que ne soient révélées les difficultés de l’A 380 !

On remarquera d’ailleurs que, dans ce plan qui concerne l’Allemagne et la France, ce sont les intérêts français qui sont le plus bradés.

Même aux Etats-Unis, pourtant présentés comme le fer de lance du libéralisme, les intérêts stratégiques du pays sont mieux défendus. Boeing reçoit ainsi des subventions conséquentes de la défense américaine qui lui permettent de s’imposer face à ses concurrents.

Quant à une vision industrielle à moyen et long terme, inutile d’aller la chercher du côté des fonds de pension et autres actionnaires privés. Elle n’existe pas !

Il serait temps pourtant qu’on comprenne en France, mais aussi en Europe, la nécessité d’une véritable politique industrielle, seule à même de lutter efficacement contre le chômage qui ne cesse de sévir depuis 20 ans.

Les délocalisations n’ont rien d’inéluctable, contrairement à ce qu’on entend souvent. Encore faudrait-il que ceux qui nous gouvernent agissent pour le bien commun de la nation au lieu de se contenter de faire la politique imposée par leurs amis actionnaires.

Cela nécessite un peu de courage politique. Mais n’est-ce pas pour cela que les citoyens sont appelés à élire des hommes et des femmes ?