

(...) Les crises économiques de plus en plus fréquentes et profondes en témoignent.
Cette mondialisation est marquée par un double mouvement de concentration du capital et de décentralisation des unités productives. Les entreprises arbitrent entre plusieurs stratégies (restructurations, sous-traitance, délocalisations, licenciements) mais toujours avec les mêmes objectifs, réduire les coûts, augmenter leurs marges, et répondre aux exigences de rentabilité des actionnaires. Toute la chaîne productive, notamment les PME, subissent, en cascade, cette contrainte actionnariale.
Fondamentalement, c’est le partage salaire/profit qui est au coeur du système et de ses crises.
Contrairement aux sauveteurs zélés du capitalisme, laissant croire que la crise est due uniquement à l’immoralité des acteurs de la sphère financière, capitalisme industriel et capitalisme financier sont imbriqués. Les profits des entreprises ont été peu investis dans la production mais versés aux actionnaires et placés sur les marchés financiers. Certains groupes (Bouygues, Pinault) ont leurs propres holdings financiers.
Pour le patronat, à la liquidité des actifs financiers, doit correspondre la liquidité du facteur travail. La force de travail doit devenir une marchandise comme une autre.
Il n’a de cesse de dénoncer la rigidité des lois sociales. Les gouvernements successifs ont accompagné voire devancé ces désirs par déréglementations et déconstructions successives de droit du travail et du droit social, exonérations de cotisations, et développement de la précarité (temps partiel, contrats aidés).
Transfert de charges, individualisation des rapports sociaux et dégradation des normes d’emploi, tout concourt au dynamitage des garanties collectives, au refus du partage de la richesse créée. La perversion sémantique de Sarkozy, sur la liberté du travail et autres balivernes, cache cette entreprise destructrice.
Le théorème « les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain » est tout aussi, mystificateur que sa version new look, « le sauvetage des banques d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ».
La socialisation des pertes et la privatisation des profits, selon la formule consacrée, exempte le patronat de sa responsabilité sociale.
En métropole comme dans les DOM, les mobilisations expriment une idée force « Ce n’est ni aux salariés ni aux chômeurs de payer une crise dont ils ne sont pas responsables ».
Face à cette résistance, le gouvernement persiste dans une politique qui mène droit dans le mur et continue à faire la part belle au patronat et aux actionnaires ; le MEDEF en rajoute dans la provocation en exigeant une plus grande liberté de licencier.
Les 2,6 milliards d’euros sont scandaleusement insuffisants au regard des sommes et allègements de charges, consenties, sans contrôle, aux banques et aux entreprises. Le compte n’y est pas face aux 15 milliards du paquet fiscal, 70 milliards des niches fiscales, 8 milliards de la taxe professionnelle, 21 milliards de prêts aux banques et 340 milliards de réserves pour ces dernières.
Des mesures d’urgence, et des réformes structurelles, d’une tout autre ampleur, sont impératives.
Indemnisation du chômage partiel à 100 %, financée par un fonds patronal afin que l’ensemble des salariés puissent en bénéficier.
Interdiction des licenciements dans les entreprises qui font du profit.
Arrêt des exonérations de cotisations patronales dont les effets en termes de création d’emplois n’ont jamais été démontrés. Ce sont les carnets de commande qui déterminent les embauches, les exonérations ne sont que des effets d’aubaine pour les employeurs.
Abrogation de la défiscalisation des heures supplémentaires et du bouclier fiscal.
Augmentation du SMIC, des minima sociaux, des allocations chômage par une augmentation des cotisations patronales.
200 euros pour tous immédiatement.
Arrêt des suppressions d’emplois publics.
Des réformes structurelles sont tout aussi impératives sur les questions financières (paradis fiscaux, taxation des capitaux financiers), fiscales (accentuation du principe de progressivité), bancaires (nécessité d’un pôle financier public pour réorienter l’économie pour la satisfaction des besoins sociaux fondamentaux).
Nous développerons plus précisément deux points, qui devraient participer d’un projet de transformation sociale qui rompe avec le modèle social libéral.
Un nouveau statut du salarié
Plusieurs vocables et conceptions existent sur cette question.
Il y a une version libérale qui vise à dédouaner les entreprises de leur responsabilité sociale en préconisant une taxe libératoire minime en échange d’une liberté absolue de licencier.
La version sociale libérale parle de « couverture professionnelle universelle » fondée sur un droit individuel à la formation tout au long de la vie et une garantie de ressources pour les chômeurs. Cette réponse occulte complètement la responsabilité patronale et la question du financement.
Nous défendons une tout autre conception dont l’objectif est de rendre effectif le droit à l’emploi, la continuité des droits sociaux et de contraindre le patronat comme débiteur collectif de ces droits.
Une loi instaurant ce nouveau statut du salarié bouleverserait complètement la notion même de licenciement et de chômage.
Il reposerait sur trois axes :
Continuité du socle contractuel :
Le contrat de travail et le statut de salarié serait maintenu entre deux emplois, par une déconnexion des droits des salariés et de l’emploi occupé à un instant T. Le salarié continuerait de percevoir son salaire qu’il soit en formation ou en période de reconversion professionnelle.
Les indemnisations chômage seraient alors consacrées aux primo demandeurs d’emploi.
Obligation de reclassement :
L’obligation de reclassement doit être contraignante et incontournable. Elle doit se faire dans des emplois équivalents et à rémunération égale, dans l’entreprise, ou le groupe, ou la branche ou encore dans le bassin d’emploi.
Financement par un fonds patronal mutualisé :
C’est au patronat, comme entité collective de financer de telles dispositions afin d’assurer une égalité de traitement de tous les salariés, ceux des PME comme ceux des grandes entreprises.
Partage des richesses et priorités sociales
Les priorités sociales doivent être la satisfaction des besoins fondamentaux, que le capitalisme est incapable de satisfaire, comme la santé, l’éducation, le logement, la protection sociale, les transports collectifs, la culture, les équipements collectifs (petite enfance, personnes âgées). Instaurer un large débat démocratique sur la finalité des productions, tenant compte des impératifs écologiques, est aussi essentiel.
La crise a révélé de manière encore plus crue, l’inégale répartition des richesses, tant du point de vue de la fiscalité que des salaires.
À cet égard, les propos de Nicolas Sarkozy sur la règle des trois tiers entre profit, investissement et salaire, sont un enfumage par rapport à la véritable nécessité de l’augmentation des salaires et du SMIC.
En effet, Sarkozy ne propose en réalité qu’une augmentation des primes d’intéressement et de participation et non une augmentation de la part salariale dans la valeur ajoutée par rapport au profit.
Sa proposition est nulle et non avenue car ces primes sont par définition aléatoires et inégalitaires, puisqu’elles ne touchent qu’un salarié sur dix dans les entreprises de moins de cinquante salariés et ne concernent pas les personnels précaires.
Au contraire, les gains de productivité doivent se traduire par une augmentation des salaires et le retour à une réduction du temps de travail, avec embauches correspondantes.
En conclusion, le syndicalisme doit non seulement défendre les intérêts immédiats des salariés mais être porteur d’un projet de transformation sociale qui inverse la logique libérale dont la crise a révélé l’inanité.
Il a la responsabilité de construire un rapport de forces et des mobilisations à la hauteur des enjeux. Depuis la première grève interprofessionnelle du 29 janvier 2009, la détermination des salariés face à l’aggravation de la crise économique ne faiblit pas. Un mouvement social prolongé, la grève générale, est l’affaire des salariés eux-mêmes. La démocratie et l’unité dans les luttes sont décisives ; des assemblées générales et des collectifs unitaires sont des éléments déterminants pour gagner et faire plier le gouvernement et le MEDEF.
Ce combat pour un autre monde doit être aussi un combat commun des peuples du Nord et du Sud, c’est d’ailleurs ce que Le Forum Social Mondial à Bélem en janvier dernier a confirmé dans sa déclaration finale.
Catherine Lebrun Union syndicale Solidaires