

(...) On apprend ainsi, à la lecture de cet article, que la banque d’affaires Rothschild, le cabinet de juristes Baker & Mac Kensie et les consultants de chez Altédia sont à la manœuvre et qu’ils planchent sur un scénario d’évolution du statut de l’entreprise publique visant à ouvrir le capital.
La méthode est surprenante. En effet, on remet l’avenir d’une grande entreprise publique et de ses 295 000 agents entre les mains de cabinets privés dont l’appétence pour le service public reste à démontrer.
Cela dit, la question de la Poste telle qu’elle a été portée sur la place publique, depuis plusieurs mois, s’inscrit dans un mouvement général orchestré par les puissances de l’argent et les lobbies, avec la commission européenne comme grand ordonnateur.
En effet, c’est le logiciel européen qui fixe le cap à la poste française et qui la contraint, nous verrons comment, à abandonner la logique de service public au profit de la logique de rentabilité.
Ce sont les différents commissaires européens au marché intérieur qui décident en lieu et place des gouvernements de ce qui est bon pour La Poste et de ce qui ne l’est pas ! Les objurgations et les diktats des commissaires européens n’ont d’autre but que de substituer l’intérêt particulier à l’intérêt général !
La norme, le règlement et le standard élaborés dans les cénacles bruxellois s’imposent aux pays de l’euro groupe. Pour La Poste comme pour le reste !
Autrement dit, c’est l’insulte de la doctrine supranationale à l’intelligence des nations. C’est l’insulte de la technocratie à la démocratie.
Voilà pourquoi, le changement de statut de La Poste n’échappe pas au dogme de cette Europe froide et déshumanisée qui veut que toute activité humaine est inconcevable hors du au marché.
Naturellement, les services publics ne peuvent déroger au dogme de la mise en marché : EDF, GDF, SNCF, France Télécoms y « sont passés ». C’est maintenant le tour de La Poste.
On ne peut comprendre la question postale sans cette mise en perspective ! Alors de quoi s’agit-il ?
On nous dit, la France, à l’instar du Luxembourg, est le mauvais élève de l’Europe postale car le statut de l’opérateur historique est encore public. Pour les tenants du libéralisme échevelé, il faut en finir avec l’exception française !
Mais diable, pourquoi donc imiter ce qui ne marche pas ?
La libéralisation est un échec en Suède : le pays du -1/3. En effet, l’opérateur postal suédois a supprimé dans les années qui ont suivi la libéralisation 1/3 de ses emplois et a fermé 1/3 de ses bureaux de Poste.
La poste autrichienne va détruire plusieurs milliers d’emplois et fermer 40% des points de contact.
La poste belge n’appartient plus aux belges tandis que la Royal Mail envisage de supprimer plusieurs dizaines de milliers d’emplois et ce au grand désespoir de la majorité travailliste ; Gordon Brown cherchant des alliés du côté des libéraux pour mener à bien son funeste projet !
Quant aux soi-disant exemples européens, les postes néerlandaise et allemande, le constat est sans appel.
La poste allemande, avec sa filiale DHL, a bu le calice jusqu’à la lie. En effet, sa tentative de conquérir les États-unis s’est soldée par un fiasco retentissant.
Fedex et UPS, les opérateurs américains historiques, qui détiennent 70% du marché américain « ont rejeté les allemands à la mer ! ».
Résultat, les allemands renoncent au rêve américain mais au prix fort : -1,6 milliard de pertes sur l’exercice 2008. Et que dire de la banque postale allemande, La Postbank, que la Deutsche Post a vendu puis racheter et dont le résultat 2008 est négatif.
Enfin et contrairement à une idée reçue, l’essor initial de la Deutsche Post n’est pas dû à son entrée en bourse : sa cotation est médiocre et ce avant la crise.
Non, les acquisitions tous azimuts du géant d’outre-Rhin sont le fruit du trésor de guerre accumulé à l’époque du monopole grâce à un prix du timbre le plus élevé d’Europe !
C’est le monopole qui a enrichi la poste allemande, ce n’est pas la bourse.
De son côté, la poste néerlandaise, spécialiste dans le monde postal du travail précaire et du temps partiel, n’a rien trouvé de mieux, pour s’en sortir, que de réduire les salaires de 15% ! Ces exemples édifiants ne calment pas les ardeurs des thuriféraires de l’Europe libérale. Les postiers français et luxembourgeois doivent porter le bonnet d’âne !
Et pourtant ! Qui peut nous faire croire encore, à l’aune des échecs évoqués plus haut, que s’aligner sur les autres est un gage de vérité et de réussite. L’histoire le démontre amplement. Le bon élève n’est pas forcément celui qui copie ! D’autant que la crise économique est un révélateur pour les opérateurs postaux européens. Elle démontre d’une part que les directives européennes sont mortifères pour les postes européennes et d’autre part, que le marché postal est un monopole naturel comme le reconnaissent plusieurs économistes.
Mais voilà le gouvernement et les dirigeants de La Poste persistent et s’entêtent. Le statut doit évoluer. C’est nécessaire disent-ils si l’on veut que la poste française puissent passer des accords de partenariat, effectuer des échanges capitalistiques et se développer à l’étranger par des opérations de croissance externe.
L’argument est curieux et pour le moins spécieux !
En effet, comment prétendre sérieusement que le statut public est un obstacle au développement de La Poste ? Les faits le démentent. Quelques exemples : La Poste forte de ses 110 filiales de premier rang, a acheté Exapaq pour 430 millions d’euros, Orsid pour 19 millions d’euros, vendu l’Aéropostale pour 45 millions d’euros, créé le réseau Exapaq en Allemagne, mis sur pied un partenariat avec la SNCF, pris pied en Espagne avec Seur, en Grèce avec Interatika, en Turquie avec Yurtici Cargo, au Royaume –Uni avec Parceline, en Afrique du Sud avec Laser, en Europe de l’Est et dans les pays émergents, notamment la Chine où elle vient de bâtir une tête de pont.
Elle a par ailleurs multiplié les partenariats financiers : Société Générale, Matmut, Groupama, Crédit Municipal de Paris.
Par sa politique de rachat, ses échanges capitalistiques et ses différents partenariats, La Poste est présente en Océanie, en Amérique du Sud, aux États-unis, en Afrique et naturellement en Europe.
C’est au nom du dogme libéral que le statut doit changer. Aucune autre raison de fond n’est avancée !
Quoiqu’il en soit, le changement de statut serait l’antichambre de la privatisation. Et les propos rassurants entendus çà et là ne résistent pas à l’examen des faits.
Rappelons-nous ! L’État devait détenir la majorité du capital de France Télécoms, c’était promis et juré par les gouvernements successifs. Aujourd’hui, il est minoritaire avec 26% du capital de l’opérateur historique.
En réalité, la privatisation de La Poste sonnerait le glas des missions de service public, précipiterait la désertification des campagnes et l’abandon des zones suburbaines fragiles, considérées dès lors comme peu rentables.
La privatisation, ce serait livrer La Poste, pieds et mains liées, à l’initiative privée. Prisonnière de la logique de rentabilité, il ne subsisterait, comme le prévoit un récent rapport de la Cour des Comptes, que 3 à 4000 bureaux de Poste ayant vocation à être transformés rapidement en agences bancaires. Les 12 ou 13 000 bureaux restant seraient confiés, au mieux, au commerce local et aux collectivités territoriales. Au pire, bon nombre pourraient être définitivement fermés.
Avec la Poste à la mairie ou à la boucherie, les campagnes et les zones défavorisées n’auraient qu’un ersatz de service postal car sur les 400 opérations postales existantes, les mairies et les commerces ne peuvent en effectuer qu’une petite trentaine !
D’une manière générale privatisation et égalité républicaine ne font pas bon ménage. C’est la raison pour laquelle, nous assisterions à l’envolée des tarifs et à la fin de l’égalité de traitement des citoyens sur le territoire en raison de l’abandon du principe de la péréquation tarifaire, c’est-à-dire du prix unique du timbre.
A l’image de la poste suédoise, il faudrait s’acquitter d’une taxe additionnelle pour obtenir son courrier à domicile.
La privatisation de La Poste conduirait La Banque Postale à devenir une banque banalisée, une banque comme les autres.
Or, l’originalité des services financiers de La Poste, c’est d’accueillir tout le monde, riches et moins riches.
Dans ces conditions, la privatisation de l’entreprise publique aurait pour conséquence d’ajouter l’exclusion financière à l’exclusion sociale que subissent nombre de nos concitoyens.
Le pire est peut-être à venir ! Et, si le courrier n’était distribué que 5 jours sur 7 comme le prévoit la directive européenne ? Économie : 1 milliard d’euros chaque année.
Ne nous y trompons pas, la privatisation n’aurait d’autre but que d’injecter de l’argent frais pour les deux activités porteuses d’avenir : le colis et la Banque Postale.
Il n’y aura guère d’argent pour les bureaux de Poste dont beaucoup sont en piteux état et le courrier qui, en raison de la substitution numérique, verra fondre son activité de 40% et ce, avant dix ans.
La Poste est-elle la seule responsable ? Détient-elle toutes les cartes ? Non, loin s’en faut. L’État propriétaire se défausse et laisse l’exploitant public au bord de l’apoplexie financière. Il prélève chaque année ses dividendes, 141 millions en 2008 et 106 millions en 2009. Il laisse La Poste financer, seule, les 850 millions correspondant aux quatre missions de service public : distribution de la presse, le service universel du courrier, l’accessibilité bancaire et l’aménagement du territoire.
C’est à L’État de prendre ses responsabilités en assurant le financement du service public postal républicain.
C’est à l’État d’assurer l’avenir de La Poste, « noyau dur du service public » qualifié ainsi par un ancien Président de la République.
Qui pourrait comprendre que l’État abandonne La Poste au moment où celui-ci fait preuve d’une grande générosité avec les banques, à l’origine des difficultés que traverse notre pays ?
Qui pourrait comprendre que l’État abandonne un service public de proximité, plébiscité par les français alors que dans un passé récent, il a fait preuve d’une grande largesse avec des entreprises assez éloignées parfois de la sphère publique : Alsthom, Crédit Lyonnais, RATP, Renault, Air France… ?
Au fond, l’avenir de La Poste est entre les mains des vrais propriétaires : les Français. La Poste appartient à la France. La Poste appartient au patrimoine de La France.
C’est donc aux Français de décider de son avenir. Voilà pourquoi, conformément à l’article 11 de la Constitution, un référendum d’initiative parlementaire est nécessaire.
La question postale, n’en déplaisent aux laudateurs du marché sans entraves, ne relève pas de la responsabilité des technocrates de Bruxelles.
La question postale ne relève pas de la seule responsabilité des postiers.
C’est au peuple français de se prononcer !
Voilà tout le sens du comité national pour la mobilisation contre la privatisation de La Poste pour un débat public et un référendum sur le service public postal.
Antoine Blérancourt