

A en croire le Président de la République, comme son Ministre de la Fonction Publique, André Santini, la France aurait trop de fonctionnaires.
Vous vous rendez compte, un quart des salariés en activité serait employé par la fonction publique d’Etat, territoriale ou hospitalière. Comme c’est affreux !
On croyait pourtant que la France manquait de policiers, de juges, d’infirmières, de médecins hospitaliers, de surveillants de collèges et de lycées, sans même parler des enseignants, notamment dans le primaire, et de quelques autres professions tout aussi importantes, en particulier dans la fonction publique territoriale, qui a subi le contrecoup de la fin des emplois jeunes, … ?
Rassurez-vous ! Sarkozy et Santini ont une recette : remplacer les fonctionnaires par des salariés du privé et externaliser au maximum.
D’ailleurs, Santini l’a déjà mise en œuvre dans sa bonne ville d’Issy-les-Moulineaux. L’ennui, c’est que, selon la chambre régionale des comptes elle-même, cette solution n’a pas produit de miracles, loin s’en faut. Non seulement cela coûte plus cher à la ville et donc aux contribuables, mais en plus la qualité s’est dégradée.
Sans compter les accusations de favoritisme et de dessous de tables, qu’on ne se permettra pas de relayer ici, faute de preuves. Il est vrai que, sur ce dernier point, Sarkozy a une solution : interdire les dénonciations anonymes, ce qui devrait permettre de laisser dans l’ombre bien des dossiers, susceptibles d’être gênants….
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce « trop de fonctionnaires » n’est pas purement idéologique. Les fonctionnaires sont, certes, régulièrement accusés d’être des bureaucrates, des empêcheurs d’entreprendre, mais ce qui gêne vraiment leurs accusateurs, c »est qu’ils sont là pour faire respecter des règles. Il ne faut pas oublier, en effet, que la création du statut de la fonction publique a eu, pour premier but, d’éviter que les agents de l’Etat ne fassent l’objet de pressions susceptibles de remettre en cause la nécessaire égalité des citoyens devant la loi.
En fait, les vrais privilégiés n’ont qu’un but : conserver leurs privilèges et pouvoir agir selon leur bon plaisir.
N’en déplaise à ceux pour qui « le grand soir, c’est fini », on ne se résignera pas à tirer un trait sur l’abolition des privilèges décidée lors de la nuit du 24 août 1789 !
Paru dans la rubrique « coup de gueule » du mensuel de Résistance Sociale n°50, juillet/août 2007