Actualités internationales - Europe
Journal RESO n° 261 - Septembre 2026
Mis en ligne le 17 septembre 2026

Elections en Allemagne, par Mathias WEIDENBERG

(Nous publions ci-dessous la 1ère partie d’extraits de l’article paru dans la revue « L’Audace »)

Et si le succès de l’AfD en Allemagne de l’Est ne disait pas d’abord quelque chose de l’extrême droite, mais de l’effondrement des partis qui prétendaient protéger les classes populaires ? En Saxe-Anhalt, où elle atteint 44 % et frôle la majorité absolue, l’AfD prospère sur un paradoxe : elle conquiert les territoires délaissés par l’État en promettant de restaurer le « vivre ensemble », tout en détournant à son profit la nostalgie d’un État protecteur.

Résultats du vote. Pas de coalition majoritaire à part l’AFD toléré par BSW La région de Saxe-Anhalt, en Allemagne, a voté dimanche 6 septembre. La participation a atteint des records, dépassant les 77 %. C’est une victoire incontestable de l’extrême droite à 44 % des voix, manquant de trois sièges la majorité absolue au parlement régional.

La BSW, l’Alliance Sahra Wagenknecht, un parti rouge-brun né d’une scission des Linke, est à 5,5 % au parlement régional, empêchant une majorité de « front républicain » pour ainsi dire pour barrer la route à l’AfD. Ils sont au contraire disposés à tolérer l’AfD au gouvernement régional. Les deux partis sont d’ailleurs pro-Poutine.

Le vote au sein des gauches, lui, s’est distribué de sorte que les trois partis en lice soient présents au parlement. Mais, au total, la gauche ne gagne pas de voix. Quand la CDU, elle, s’effondre. Le candidat de l’AfD propose d’ailleurs aux élus CDU déçus de le rejoindre. Le Spiegel a rendu compte de débats nocturnes au sein du parti : Merz pourrait être remplacé après les deux prochains scrutins à Berlin et dans le land de Mecklembourg-Poméranie du Nord le 20 septembre.

Reste à évoquer le sort des libéraux du FDP qui sont de fait anéantis. Les écologistes qui ont fait un score correct remarquaient avec un peu d’amertume le soir des résultats : « à toutes les vagues caniculaires c’est dans notre région qu’il y a eu le record de température d’Allemagne. Mais l’AFD, climatosceptique, a fait une campagne apolitique, faisant des sondages sur ce que les gens souhaitent, et leurs réponses étaient sans rapport avec la réalité du programme de l’AFD ».

L’AfD a mené une campagne de terrain avec des événements centrés sur le « vivre ensemble » (mais sans migrants…), animant des activités pour les familles, poussant à la création de cafés-services de livraison, créant du lien social partout où la marchandisation a tout détruit. Malignement, l’AfD a également joué à fond la carte de la nostalgie du régime communiste tout en attaquant et pointant du doigt comme cause de la crise allemande le « socialisme » de la CDU…

Le rejet de l’État dans sa version néolibérale et marchande apparaît ici indissociable d’une nostalgie de l’État protecteur et organisateur de la vie sociale – nostalgie qui touche jusqu’aux générations nées après 1989. L’AfD est d’ailleurs en tête chez les 18-25 ans.

Les Linke n’en profitent pas. En 2002, le parti héritier de la RDA, le PDS, était encore à 20 %. Mais les Linke n’ont pas réussi à tenir les territoires, perdant leurs militants âgés, et dominant seulement les villes : Halle et Magdebourg les ont mis en première position. Or, la région de Saxe-Anhalt est peu urbaine.

L’AfD a donc très bien joué sur le lien social en le « privatisant » à son profit. Cependant, il est paresseux de croire que le vote en Saxe-Anhalt dimanche est dû à l’absence d’un travail de dénazification aussi intense et intime qu’il a été mené à l’Ouest. J’ai eu souvent l’occasion de dénoncer la culture vide et stérile de la commémoration en Allemagne, notamment depuis Merkel. J’ai dénoncé les tendances révisionnistes depuis un texte de 2011. 20 % des Allemands sont ainsi persuadés que leur famille a été « proche de la résistance ». L’Allemagne souhaite maintenant célébrer le 8 mai comme un jour de « libération ». A croire que les nazis étaient des envahisseurs extra-terrestres…

(Suite dans le prochain bulletin Réso d’octobre 2026)