Campagne électorale en Israël
Par Mathias WEIDENBERG - Journal RESO n° 260 - Juillet/Août 2026
Mis en ligne le 5 juillet 2026

La campagne électorale a commencé en Israël. Les partis au gouvernement ont besoin de la guerre.

C’est le fonds de commerce politique de Netanyahou depuis qu’il incitait au meurtre de ses adversaires politiques de gauche. Un militant d’extrême droite l’a écouté, abattu son principal adversaire il y a trente ans.

Netanyahou n’a jamais eu à se plaindre des méthodes violentes, des polarisations extrémistes. Il est aussi, comme tous les dirigeants à ambitions autoritaires, profondément corrompu. Ne l’oublions pas : il a déclenché des guerres lorsque les tribunaux se rapprochaient de lui.

Netanyahou, vivant sur l’idée que la guerre doit être éternelle, il a systématiquement miné les partis et mouvements palestiniens modérés. Sa complaisance à la prise de pouvoir totale du Hamas sur Gaza est très bien documentée. Il a autorisé le financement par le Qatar. Il a tout fait pour affaiblir les mouvements séculiers, notamment les partis signataires des accords d’Oslo pour lancer la colonisation de la Cisjordanie.

Les alertes avant l’attaque terroriste et criminelle du Hamas le 7 octobre ont été ignorées, sous évaluées, considérées impossibles. Depuis, le gouvernement Netanyahou s’oppose à toute commission d’enquête sur les manquements à la sécurité. Il sait que sa complaisance passée au Hamas a permis à ce groupe terroriste de préparer l’attaque sans être empêché. La guerre est le ciment de la coalition de son gouvernement, la guerre est la condition de son maintien au pouvoir.

Il a convaincu les États-Unis que l’accord passé avec l’Iran sous Obama n’était pas satisfaisant. Il a convaincu Trump de se lancer dans une guerre qu’il espérait totale contre l’Iran - en profitant pour annexer le Sud Liban. La lutte contre le Hezbollah, l’organisation terroriste née de l’invasion du Liban par Israël au début des années 1980, sur fond de massacre de civils dans des camps de réfugiés et de morts de dizaines de soldats français, de centaines de soldats américains, est devenu le prétexte à une expansion territoriale coloniale. Les populations civiles sont ici considérées comme de fait coupables - leur religion suffit à les condamner à mort.

Mais l’économie mondiale risque un effondrement. L’inflation pétrolière sape les bases électorales du parti de Trump.

La guerre contre l’Iran, étant menée pour des raisons de politique intérieure, n’a aucun but de guerre, et donc aucune stratégie. La victoire tactique et le désastre stratégique rappellent le fiasco de "l’expédition de Suez" dont on va commémorer les 70 ans en Octobre.

Netanyahou a vu un possible accord se dessiner en juin. Il avait réussi à repousser un accord à plusieurs reprises en déclenchant des frappes à Beyrouth entraînant des représailles de l’Iran. Il a encore tenté cette carte la veille de l’accord.

Cela semble avoir fait chou blanc. Trump considère Netanyahou "fou à lier". Il a conclu un accord rouvrant le détroit d’Ormuz et repoussant à plus tard un accord sur le nucléaire iranien.

Rappelons qu’à plusieurs reprises le gouvernement israélien avait autorisé l’assassinat des négociateurs iraniens lorsque des accords sur le nucléaire semblaient possibles - par exemple deux jours avant le début de cette guerre.

La campagne électorale s’ouvre donc sur un désastre stratégique du gouvernement.

Le gouvernement israélien est acculé. Il est dangereux.

Le prochain coup sera-t-il contre son propre peuple ?

Quant aux Iraniens, la guerre aura renforcé temporairement le régime. Aucun des objectifs moraux avancés par les soutiens de cette guerre en Europe - "il faut bien libérer le peuple iranien de ses tortionnaires meurtriers, et la région de ces groupes terroristes armés" - n’ont été atteints.

Il en reste l’image de la super puissance militaire du monde impuissante et désorientée.