Le maire RN de Liévin a supprimé l’hommage du 1er-Mai aux mineurs
Par Michel STRULOVICI - Journal RESO n° 259 - Juin 2026
Mis en ligne le 19 juin 2026

À Liévin, en supprimant l’hommage aux mineurs, le 1er mai, le maire RN, nouvellement élu, pose brutalement un acte politique particulièrement signifiant. Car le 1er mai n’est pas la fête du travail docile et consensuelle qu’affectionnent les discours d’ordre et que nous expliquent les commentateurs ici et là.

La fête de Travail, c’est Pétain.

La fête des travailleurs c’est celle des luttes, des grèves, des droits arrachés contre les puissants. En France, elle est née en juillet 1889 quand la IIe Internationale socialiste à Paris décida de faire du 1er mai une journée de manifestations pour les 8 heures de travail par jour. Et les pouvoirs, politique et patronal, entendaient contrer ces célébrations. Ainsi, par exemple et entre autres, le 1 Mai 1891, à Fourmies, dans la capitale de l’industrie textile, 2 compagnies d’infanterie (84e et 145e de ligne, environ 300 soldats de Maubeuge) tuent neuf ouvrières et ouvriers, 4 jeunes femmes et cinq jeunes hommes (dont un enfant de 11 ans).

Un terrible affrontement de classes donc. Nous sommes loin de l’imagerie patronale reprise, à leur manière par le MEDEF et Gabriel Attal, draguant les secteurs les plus rétrogrades de notre société.

Rappelons qu’à 7 kilomètres de Liévin, en pleine occupation de la Wehrmacht, le 1er mai 1941, les cellules communistes clandestines organisent la protestation des mineurs contre la journée de travail allongée à 8h30 par les autorités d’Occupation, la direction des houillères et Vichy.

Des petits drapeaux avec faucille et marteau, quelques Croix de Lorraine sont suspendus devant les puits, des tracts sont distribués, des cahiers de doléances sont remplis. Ces actions dirigées par Auguste Lecoeur, le responsable communiste clandestin du Nord, déboucheront le 27 mai 1941 à la fosse N°2 de Montigny en Gohelle. Deux jeunes mineurs communistes, Michel Brûlé et Georges Deroeux cesseront le travail au chant de l’Internationale, reprise de proche en proche par tous les mineurs. Fin mai-début juin 1941, le bassin compte 100 000 grévistes sur les 143 000 mineurs. Ce fut la plus grande grève contre les Nazis et la Collaboration de toute l’Europe occupée.

C’est cela que le maire RN essaie de gommer des consciences et d’effacer de l’Histoire.

Ce parti, héritier du FN fondé par des Waffens SS et des collabos, marche donc dans la même direction. Il le fait car l’histoire du mouvement ouvrier et, ici, particulièrement des mineurs, gêne aux entournures tout discours lénifiant.

Liévin est également cette ville marquée à jamais par la catastrophe du 27 décembre 1974, où 42 mineurs sont morts à la fosse Saint-Amé. Quel mépris donc pour les « gueules noires » (…) !

Avec cette décision, le RN montre ici son vrai visage. Derrière le vernis social et la rhétorique « populaire », il y a une constante — l’hostilité aux luttes collectives, aux syndicats, à tout ce qui donne aux travailleurs une capacité d’organisation et de contestation. Effacer l’hommage du 1er-Mai, c’est tenter d’effacer la signification de cette histoire et la possibilité de dire non à l’injustice.